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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 19:23

La voix des sables

Il était une fois un vieux fleuve perdu dans les sables du désert. Il était descendu d'une haute montagne qui se confondait avec le bleu du ciel. Il se souvenait avoir traversé des forêts, des plaines, des villes, vivace, bondissant, puis large, fier et noble. Quel mauvais sort l'avait conduit à s'enliser parmi ces dunes basses, où n'était plus aucun chemin? Où aller désormais et comment franchir des espaces brulés qui semblaient infinis? Il l'ignorait et se désespérait.

Or, comme il perdait courage à s'efforcer en vain, lui vint des sables un voix qui lui dit:

- Le vent traverse le désert. le fleuve peut en faire autant.

Il répondit qu'il ne savait pas voler, comme faisait le vent.

- Fais donc confiance aux brises, aux grands souffles qui vont, dit encore la voix. Laisse-toi absorber et emporter au loin.

Faire confiance à l'air hasardeux, impalpable? Il ne pouvait accepter cela. Il répondit qu'il était un terrien, qu'il avait toujours poussé ses cascades, ses vagues, ses courants dans le monde solide, que c'était là sa vie et qu'il lui était inconcevable de ne plus suivre sa route vers des horizons sans cesse renouvelés. Alors la voix lui dit (ce n'était plus qu'un murmure):

- La vie est faite de métamorphoses. Le vent t'emportera au-delà du désert, il te laissera retomber en pluie, et tu redeviendras rivière.

Il eu peur tout à coup. Il cria:

- Mais moi, je veux rester le fleuve que je suis!

- Tu ne peux, dit la voix des sables. Et si tu parles ainsi, c'est que tu ignores ta véritable nature. Le fleuve que tu es, n'est qu'un corps passager. Sache que ton être impérissable fut déjà maintes fois emporté par le vent, vécut dans les nuages et retrouva la Terre pour à nouveau courir, ruisseler, gambader.

Le fleuve resta silencieux. Et, comme il se taisait, un souvenir lui vint, semblable à un parfum à peine perceptible. "Ce n'est peut-être rien qu'un rêve" pensa-t-il. Son coeur lui dit: "Et si ce rêve était ton seul chemin de vie désormais".

Le fleuve se fit brume à la tombée du jour. Craintif, il accueillit le vent, qui l'emporta. Et soudain, familier du ciel où planaient des oiseaux, il se laissa mener jusqu'au sommet d'une montagne. Loin au-dessous de lui, les sables murmuraient:

- Il va pleuvoir là-bas où pousse l'herbe tendre. Un nouveau ruisseau va naître. Nous savons cela. Nous savons tout des milles visages de la vie, nous qui sommes partour semblables.

La voie sans cesse parle. Comme la mémoire du monde, le conte des sables est infini.

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Published by Nicole - dans 2012
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commentaires

Clo 04/07/2012 10:01


Remets toi vite mon Tom...

KARCHER Bernard 23/06/2012 08:19


Rien n'est immuable, dans le temps, dans la nature ! Tout se "transforme", tout "évolue", parfois en bien, parfois en mal ! Celui qui n'évolue plus est déjà... mort !


Beau récit, merci.


bK